BASILE BOON | AURÉLIEN JEAUNEAU
BASILE BOON (1989)
Artiste et céramiste formé à l’architecture à La Cambre, il construit une œuvre narrative mêlant mythologie, récits personnels et formes sculpturales, dont le projet au long cours La Maison Dorée.
Basile Boon développe une pratique sculpturale fondée sur le travail de la main, de la matière et de l’assemblage. Formé à l’architecture à La Cambre, après un parcours qui a également croisé le théâtre, il s’est progressivement tourné vers la céramique, médium qu’il privilégie pour l’amplitude formelle qu’il autorise, mais aussi pour son ambivalence propre : à la fois fragile et solide, archaïque et extrêmement libre. Avant d’y trouver son langage principal, il a d’abord exploré le travail du cuir, dans une logique déjà marquée par le faire, la construction et le rapport concret aux matériaux. Cette trajectoire éclaire la singularité de son œuvre : chez lui, la sculpture ne relève pas d’un simple modelage d’objets, mais d’une mise en espace de récits, de symboles et de fragments mémoriels.
Son travail compose ainsi un univers traversé par les mythologies anciennes, l’iconographie religieuse, l’archéologie, l’histoire de l’art et des réminiscences plus personnelles. Ces registres ne sont jamais convoqués comme un décor érudit ; ils sont réinvestis dans des formes qui semblent issues d’un récit en cours, comme si chaque pièce constituait l’épisode d’une épopée matérielle plus vaste. Les sculptures de Basile Boon mêlent alors souvenirs intimes, figures collectives, allégories, apparitions et motifs populaires dans une narration discontinue, volontiers onirique, où coexistent la candeur, la violence, l’humour et une certaine gravité. Son vocabulaire plastique procède par montage : l’artiste assemble des signes, des corps, des présences et des vestiges pour produire des œuvres qui ont quelque chose du théâtre minéral, de la fresque symbolique et du conte sculpté.
Cette dimension narrative est inséparable de sa formation initiale. L’architecture continue de structurer son approche de la céramique, qu’il envisage moins comme une discipline fermée que comme un espace de construction, d’édification et de mise en relation. La terre lui permet de concevoir aussi bien des objets que de petits édifices, des reliefs, des ensembles muraux ou des sculptures plus autonomes, en prolongeant dans le volume une réflexion sur la scène, le décor, le costume et l’apparition. Ses œuvres donnent souvent le sentiment d’appartenir à un monde plus large qu’elles-mêmes, comme les fragments visibles d’un récit total dont le spectateur ne percevrait qu’une portion. C’est précisément dans cet écart entre le fragment et l’ensemble, entre l’objet singulier et l’univers qu’il suggère, que réside une grande part de la force de son travail.
Depuis ses débuts dans la céramique, Basile Boon développe d’ailleurs un projet au long cours intitulé La Maison dorée, présenté comme un temple personnel construit colonne après colonne et pensé comme une œuvre sans fin. Cette entreprise éclaire de manière particulièrement nette la logique profonde de sa pratique : non pas produire des pièces isolées, mais élaborer, dans la durée, un monde en expansion continue, une architecture mentale et symbolique qui le suit d’atelier en atelier. Chacune de ses œuvres peut alors être comprise comme un chapitre, un seuil ou une excroissance de cet ensemble en devenir, où se rejoignent quête biographique, invention mythologique et désir de bâtir.
Cette démarche a commencé à être rendue visible dès 2021 avec une première exposition personnelle, Chaos and Desire. Elle s’est ensuite prolongée dans différents contextes d’exposition et de commande, notamment avec une vitrine réalisée pour Hermès à Megève en 2023, puis avec l’exposition Just another Myth présentée chez Dumonteil Contemporary à Paris en 2024. Ce parcours confirme la place singulière qu’occupe aujourd’hui Basile Boon : celle d’un artiste qui inscrit la céramique à la croisée de la sculpture contemporaine, de l’art décoratif, du récit symbolique et d’un imaginaire artisanal assumé, sans jamais réduire son travail à l’un de ces registres pris isolément.
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